Orbite

Paris, BNF, Département Cartes et Plans – Mai 2011 – « C’est un département qui ne figure sur aucune carte… le département des cartes lui-même. Il contient le monde, invite à se pencher sur lui, à le déployer lettre après lettre, échange après échange, aux confins des archives »

 

Echec au « Roi » ? 

Boston – April 5-9th 2017 – AAG Annual Conference

Les allées se sont vidées, il ne reste sur les stands plus qu’un inframonde de livres, de flyers, de gobelets. Dans mon dos, une discussion s’éternise. Je profite que le commercial soit occupé pour feuilleter l’impressionnant volume American Geography and Geographers, paru aux Oxford University Press. Par réflexe, mon doigt suit l’index à la lettre G, Ga, Ge, Go, Gottmann. Qu’est-il dit?

Le commercial interrompt ma lecture. Cette fois-ci on remballe. Je replace le volume sur son chevalet et découvre un vieil homme, échevelé, soutenu par une lourde veste brune. Ce n’est autre que l’auteur de l’ouvrage, Geoffrey J. Martin. Le temps arrêta de s’écouler en long pour glisser dans les méandres de la mémoire de celui qui fut pendant des décennies l’archivistes de l’AAG. L’œil pétillant il me raconte ses débuts, sa passion pour les échecs, l’improbable entrée d’un jeune homme issu des classes laborieuses à la London School of Economics.

Poussés hors du hall des éditeurs, la discussion se poursuit autour de Bowman et de Huntington. L’occasion est trop belle pour ne pas interroger avec lui la place de Gottmann sur l’échiquier de la géographie. Un sourire en coin, il place ses mains en couronne au-dessus de la tête : « He was the King ! ». La formule est plus malicieuse qu’il n’y paraît. Geoffrey Martin me raconte ses premières rencontres avec Gottmann, puis les années d’Oxford, et l’accueil mitigé réservé à un homme ambitieux, au tempérament parfois difficile. Il témoigne aussi de la dureté d’une institution à l’égard d’un homme qui par ses différences linguistique et culturelle apparaîtra toujours exotique. La discussion se poursuit trois heures durant. Echec au « Roi » ? Merci Geoffrey pour cette incroyable manche !

Une machine à remonter le temps

San Francisco – April 4-9th 2016 – AAG Annual Conference

C’est une relique. Lumières éteintes, l’image jaunie s’agite sur l’écran. Une voix off lance avec emphase : « It was high, but no intended to be so high ». La caméra suit la façade d’un gratte ciel, remonte ses lignes parallèles, jusqu’au lancement du générique: « Megalopolis. Cradle of the future ». Ce documentaire de 22 mn, produit en 1962, est une machine à remonter le temps. Il faut saluer l’effort de Luca Muscara et d’Eric Siegel pour avoir retrouvé cette archive, et organisé avec Jean-Paul Hubert deux sessions de travail autour de l’œuvre de Jean Gottmann, cent (et un) ans après sa naissance. Les personnes rassemblées alors ont formé – comme souvent dans les dédales de l’AGG, une micro-communauté. Le moment était néanmoins chargé d’histoire, et de témoignages, ceux de : David Lowenthal, Calogero Muscara, Thomas Hutton, Yasuo Miyakawa, Jean-Paul Hubert, Jun Yamashita, et Luca Muscara. Invité à contribuer à ces échanges, j’étais bien le seul à n’avoir jamais côtoyé Gottmann de son vivant. Il nous a pourtant été permis de découvrir ensemble une silhouette, un langage, une pensée portée à l’écran par Jean Gottmann lui-même. Quel incroyable voyage! A l’occasion de ces débats, j’ai pu présenter deux communications: « Does-it exist a Gottmann doctrine of relational space ? » qui suit la façon dont Gottmann, en révisant la notion de milieu, accroît la portée analytique d’une géographie de la relation ; et « Megalopolis, an ethical challenge : thinking an urban space to which all men have access to » qui tente de caractériser des points de passage entre la géographie urbaine et la géographie politique de Gottmann, et les enjeux éthiques communs qui les sous-tendent.